J'ai vu et entendu ce 21 juillet la Flute Enchantée à Aix en Provence.
C'est pas tous les jours que cela arrive, c'était pour moi la première fois dans ce lieu historique d'un long compagnonnage avec les opéras de Mozart, devenu depuis 1948 un « Salzbourg français », les plus grandes voix y ont résonné. Longtemps j'ai pensé que je n'avais pas ma place là, économiquement et socialement, pourtant avec ma petite fille nous avons une longue histoire avec les opéras de Mozart jusqu'à La Bastille, à Marseille, à St Céré, au Capitole, et même le petit opéra bus et des retransmissions du MET au cinéma, mais cette année c’est la Flute à Aix.
Une représentation de la Flute Enchantée
Comme beaucoup, longtemps je n'ai connu de la Flute que des bribes d'airs comme ceux de la Reine de la Nuit, celui de Papageno que mon professeur de musique au collège tentait dans le chahut habituel de nous faire entendre. Après le choc d'« Amadeus » c'est un soir de l'été 1994 que j'ai découvert en vrai la Flute retransmise depuis Aix dans la production de Robert Carsen et William Christie, Natalie Dessay en Reine de la Nuit.
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https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/vid ... n-provenceJe me suis arrêté depuis aux seuls opéras de Mozart, tous les autres je les ai ignorés comme on ignore les cordes de basses dans la leçon guitare sommaire...
Qu'est ce que la Flute Enchantée ? C'est un singspiel une forme de pièce musicale mêlant jeu théâtral parlé et arias chantés . C'est concrètement une partition de papier écrite de la main du Maître (
https://www.loc.gov/resource/gdcwdl.wdl ... hatgpt.com), c'est aussi le livret d'Emmanuel Schikaneder ami de Mozart , franc-maçon comme lui qui créera le rôle de Papageno dans le théâtre qu'il dirige dans les faubourgs de Vienne.
C'est l'oeuvre ultime de Mozart, qu'on peut voir un testament musical et philosophique puisque Mozart s'éteint quelques semaines seulement après l'excellent accueil du public viennois dès les premières représentations . La Flûte avec le Requiem vient clore son oeuvre prématurément mais avec une certaine cohérence triste: quelle plus grande œuvre le génie de Mozart aurait il pu engendrer après la Flute?
Quelle audace ! Quelle prétention ! Quelle humilité ! Quelle inconscience ! Quelle énergie faut il pour se dire un jour qu'on va monter un tel opéra ! La partition et le livret au point de départ où tout est soigneusement replié comme un ballon dégonflé, avec quelques indications ici ou là et ce que l'Histoire nous dit sur la genèse de l'oeuvre, sur l'état d'esprit de Mozart si près du terme de sa vie, puis tout le poids de la tradition qui a sédimenté toutes les versions de l'oeuvre au fil du temps les habitudes, les usages transmis de professeur à élève entre fidélité, audace, invention, recréation... avec les contraintes actuelles de production, du lieu, de distribution, de calendrier...
Le premier motif de la Flute est un classique dans beaucoup de traditions populaires: un prince parti à la chasse dans une forêt s'égare, franchit une frontière invisible et se retrouve dans un monde féérique où il va découvrir amour et aventures pour en revenir transformé. Des dyades et des triades de personnages et de principes vont tisser l'action et ses rebondissements .
Des couples Tamino et Pamina jeunes prince et princesse mus par l'Amour, Au travers du couple de la reine de la Nuit et Zarastro maître du temple de la Sagesse ce sont les forces de l'obscurantisme et celles antagonistes des Lumières qui s'affrontent avec quelques zones d'ombre : La Reine de la Nuit est la mère de Pamina enlevée par Zarastro pour son bien prétend-il , le père de Pamina étant un ancien membre du temple de la Sagesse, bref une histoire de famille..., un couple de trois personnages se complètent plus qu'ils ne s'opposent les Trois Dames au service de la Reine de la Nuit et les Trois Enfants qui vont guider Tamino dans sa quête et surtout veiller au grain (par deux fois ils vont prévenir le suicide de deux des personnages) . Papageno un être simple et sa Papagena forment un troisième couple plus facétieux qui apportent la fantaisie dans la recette. Un personnage single celui de Monostatos, serviteur de Zarastro, accessoirement chef des esclaves c'est lui le geôlier de Pamina dans le domaine de Zarastro. Viendront ensuite un couple de prêtres et un couple d'hommes en armure et un orateur dans des rôles plus secondaires. Un choeur mixte composé des disciples du Temple de la Sagesse intervient plusieurs fois pour chanter en conclusion la louange de Zarastro.
Pour ce qui est des des principes je l'ai dit une opposition entre les ténèbres et la lumière, qui se traduisent au plan philosophique par l'opposition entre d'une part l'obscurantisme, l'ignorance et d'autre part les Lumières et la connaissance. Une grande partie du second acte porte donc sur l'initiation de Tamino pour devenir membre du Temple de la sagesse, lointainement inspirée de rites maçonniques et de l'Égypte antique (culte d'Isis et d'Osiris). Pamina reconnue in fine digne d'être initiée pourra accompagner Tamino dans les épreuves, pourtant plusieurs couplets explicitement misogynes nous préviennent à maintes reprises du danger de la Femme qui détourne l'Homme du chemin vers la sagesse. Une autre opposition prend corps dans le développement de l'oeuvre et sépare le destin de Papageno qui n'aspire qu'à une vie simple et prosaïque juste avec sa prolifique Papagena en rapport du destin de son ami de rencontre Tamino l'esprit noble et supérieur promis à la sagesse par l'initiation. Chacun de nous se reconnaîtra dans l'un ou l'autre.
C'est Clément COGITORE qui a assuré la direction artistique de cette nouvelle production associé à Leonardo García-Alarcón à la tête de la Cappella Mediterranea .
Cette soirée à Aix donc qu'ai-je vu et entendu c'est comme toute émotion artistique c'est absolument ineffable, il n'y a pas de mot .
Des impressions et des remarques … sur l'orchestre d'instruments anciens un peu rustique à mon gout, quelques faussetés ici et là la chaleur paraît-il, un piano forte qui partait parfois en live sans raison. Les chanteurs tous remarquables les Trois Dames au top, une Pamina de Ying Fang sublime, le choeur de Chambre de Namur parfait, un bémol pour la Reine de Sabine Devielhe qui m'a semblé manquer de volume dans ses deux airs, je n'étais pourtant qu'à quelques mètres... (dans la captation d'Arte il me semble que quelqu'un a poussé le volume ...)
Ce que nous dit la Flute Enchantée à l'aube du XIXème siècle c'est que la fraternité, l'Amour, l' Humanisme , la connaissance, la sagesse des Lumières vont apporter naturellement paix et bonheur et prospérité à l'humanité, le propos de C COGITORE, vidéaste, vient en contrepoint total de que que dit le livret et la musique que nous entendons, une très habile et très présente insertion de la vidéo illustre la triste réalité du monde que nous léguons à nos enfants , A quelle catastrophe les Lumières nous ont menés aujourd'hui nous sommes au bord du gouffre ... On nous aurait menti... Tout est sombre et noir sur le plateau ... jusqu'au personnage de Zarastro illustré par le soleil habituellement qui est représenté ici en aveugle avec canne blanche, c'est dire s'il a rien vu venir..,un peu plus tard il est un genre de manager, et le temple de la Sagesse: c'est une architecture tubulaire figurant sans doute des grattes ciels une sorte d'asile qui rassemble de prétendus sages et quelques soignants en blouse blanche. C COGITORE nous place d'abord à hauteur du regard de l'enfant : oui... des lendemains qui déchantent avec ces enfants abandonnés dans les ruines de Berlin après la guerre, puis des évocations de l' « american way of life » avec ce qu'il cache de discrimination et de racisme. Pour tenir ce discours parfaitement antithétique du propos mozartien les personnages, les costumes, les quelques éléments de décors ou d'accessoires naissent des vidéos ou s'y incorporent très subtilement . A la fin seuls Papageno et Papageno semblent réussir à s'échapper de ce monde devenu fou... L'ensemble dans une mise en scène assez complexe et parfaitement huilée où des acteurs enfants sont parlés et chantés par les chanteurs en ombre derrière eux, avec une cohérence technique permanente des deux niveaux de discours donnés à voir et entendre. Nous sommes au final plus beaux de la musique entendue mais emplis en même temps de questionnements bien sombres.
Heureux que vous êtes vous pouvez voir actuellement sur ARTE-TV la captation du spectacle ce même 21 juillet.
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Des critiques très justes et d'autres parfaitement injustes à mon sens...
https://www.forumopera.com/spectacle/mo ... -provence/https://www.olyrix.com/articles/product ... illet-2026https://bachtrack.com/fr_FR/critique-fl ... illet-2026https://www.classiquenews.com/critique- ... t-clement/https://www.diapasonmag.fr/critiques/au ... tml#item=1
Dernière édition par
peyrerouge le 23 Juil 2026 à 23:56, édité 6 fois.