Bon. Est-ce que oui ou merde je vais en arriver à cracher la Valda promise depuis des jours et des jours?
Disons que ça progresse, à un rythme lent, dépendant du temps et de mes errances.
Ce matin, le temps est maussade. Il pleut, le ciel est d'un gris lumineux, je dispose du séjour "pour moi tout seul": pas trace d'adolescent ou de femme à l'horizon. C'est provisoire. J'en profite pour avancer dans ce récit à entrées multiples. Dont la sortie s'éloigne à mesure. Malgré un solide café et une envie d'en découdre, les mots renâclent. Je ne trouve pas le bon angle d'attaque. Mon écriture n'est que géométrique. Je ne fais que dessiner des structures aux formes étranges, non euclidiennes. Sans plan d'ensemble, ni règles précises. Résultat: des édifices à l'architecture trop complexe, dont beaucoup s'effondrent en cours de construction.
J'allume la chaîne. Le "système principal" du bonhomme, le supposé maître des lieux. Attrape un CD au hasard. Allison Crockett: "On Becoming Woman". Bonne pioche. De la Nu-Soul sophistiquée, lisse et plaisante. Je monte raisonnablement le volume, me laisse envahir par ces vocalises sensuelles. C'est un moment de lâcher-prise.
Des idées viennent, accompagnées d'une foule (plus ou moins sentimentale) de mots qui gravitent autour. Comme des poissons pilotes autour d'un requin? Qu'est-ce que je raconte encore?
Une histoire de lâcher-prise.
Pendant mes années parisiennes, j'ai croisé la route de diverses femmes. Des amies, des amantes, des collègues de travail, des connaissances, des voisines. Célibataires, mariées, en instance de divorce ou en instance de nouvelle aventure. BCBG, gothiques, naturelles, garçonnes, ou sans look fixe. Journalistes scientifiques, artistes, photographes, psychanalystes, énarques ou militantes révolutionnaires. Des éventuelles, des inaccessibles, des énigmes.
La plupart de ces dames écoutaient toutes sortes de musiques, ce qui participait de l'attrait qu'elles pouvaient susciter. Grâce à toutes ces femmes, j'ai donc élargi mes horizons dans des proportions considérables. Découvrant des artistes majeurs (Abed Azrié ou Bill Evans, par exemple), en les écoutant sur des chaînes Hifi de qualité mineure. Du moins, en apparence. En réalité, ces systèmes basiques, sommaires, ou à la limite de l'indigence, procuraient un essentiel dont je m'étais peu à peu écarté, coupé, privé par inadvertance. A force de bricoler, tester, comparer, intellectualiser, analyser, j'avais perdu de vue la finalité de tout le bordel électro-acoustique qui s'accumulait dans mon 2 pièces de 29 m2. Des blocs monophoniques à tubes, une caisse de lampes redresseuses AX50, des câbles, des enceintes, tout ce bric-à-brac devenait irrespirable.
Je me suis allégé de tout cela. Il n'y a pas eu de soudaine prise de conscience. Je n'ai pas vécu d'épiphanie lumineuse et bouleversante, déclenchant un catapultage impulsif, doublé d'un renoncement complet à une audiophilie devenue encombrante, lourdingue et inepte. Lâcher-prise, ça prend du temps. C'est l'aboutissement d'un long processus, comparable à l'érosion.
Au fil des années, je me suis laissé aller, sans effort, à rationnaliser, élaguer, réduire la voilure. Au lieu d'escalader la montagne, j'ai décidé d'une promenade dans la vallée. Je cherchais une limite basse, une altitude modérée en deçà de laquelle il n'était pas acceptable de descendre. Un minimum syndical qui soit déjà très satisfaisant. Celui que certains obtiennent avec un Musical Fidelity A1 et des LS 3/5A, ou bien un Onix OA 21 et des biblios Focal. Ou encore des 4312 drivées par une amplification sévèrement burnée. Facile, simple. Pas assez original. Il me fallait un set plus personnel.
D'ailleurs… Franchissons, par le pouvoir d'une phrase impérative, deux décennies de vie, de musique, de jeux, et d'expériences variées. Voyage dans le temps et l'espace, rendu possible par la magie de l'écriture et de la mémoire. Ce qui nous mène en 2026. Ici et maintenant. Dans le séjour / salon d'un pavillon vieillot, quelque part au fin fond du Maine-et-Loire.
Sous l'inévitable téléviseur familial, on aperçoit:
- Un préampli Musical Fidelity.
- Un ampli de sonorisation.
- Un lecteur de CD de marque TASCAM, de gamme professionnelle.
- Un lecteur DVD / BR de même crèmerie.
- Un DAC Audiolab de format réduit.
Et les enceintes Indiana Line dont je vais enfin vous dire deux mots, trois, peut-être, dans le prochain épisode.
A+
FZ.