Un voyage dans l'utah... 5!
(JBL, VOT, Altec, Lansing, Klipsch, Charlin, Tannoy, Cabasse, Elipson...)
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Un voyage dans l'utah... 5!
#1 par Frankzappera » 08 Jan 2026 à 18:43
Salut, les aminches!
C'est reparti pour un tour : histoire de commencer une année 2026 qui démarre _ hélas !_ par une actualité encore plus anxiogène qu'à l'accoutumée. Ouverture d'une énième filière à tendance digressive. Vagabondage autorisé par la police (de caractère : oh mon Dieu qu'il est désopilant!), entre Hifi et anecdotes, technique et souvenirs, musique et humeurs. Dans ce flou bordélique qui ne s'imagine pas artistique, réside ma seule... ambition ? Le mot ne convient pas. Objectif ? Projet ? Non, c'est un non-projet dérisoire, au mieux. Futilité assumée. Vagabonder. D'une départementale, d'une région, d'un livre, d'une musique, d'une toile, d'un paysage, d'un visage, à un autre. Je ne sais rien faire d'autre. Peut-être que je ne sais rien être d'autre. Un vagabond. Comme la plupart des gens. Qu'est-ce qu’internet en général ? Que sont les réseaux sociaux en particulier ? Si ce n'est des non-lieux de vagabondage algorythmé ?
Scroller, ça s'appelle. D'une vidéo de chats à un groupe dédié aux contrepèteries. D'un message complotiste à un tutoriel de bricolage. Scroller pendant des heures. En oubliant aussitôt ce que l'on a survolé en quelques secondes. Scroller en marchant dans une rue, en prenant le train, en mangeant devant la TV qu'on ne regarde pas vraiment. Ou dans la salle d'attente d'un dentiste. Scroller pour combler tous ces moments d'inaction, d'ennui, ces creux, ces riens, considérés comme d'insupportables « temps morts ». Qu'il faudrait à tout prix remplir d'un vide cacophonique et bariolé, mais en 5G, HD, Dolby Atmos. Étrange compulsion. Comparable à la mienne. A un détail près : scroller ses propres états d'âme n'est pas instantané, et encore moins automatique. C'est un effort, un travail laborieux, d'une lenteur exaspérante. Aux résultats discutables. Aléatoires.
Voilà, voilà, que ça recommence, chanterait Rachid Taha. Je me disperse façon puzzle. Tournant encore et encore autour du pot, en cercles concentriques, sans entrer dans le vif de ce putain de sujet, à savoir le compte-rendu d'une écoute qui n'en finit pas de me captiver. Il faut dire que j'hésiterai presque à évoquer des enceintes neuves ET abordables, sur un forum orienté vintage (même si c'est de moins en moins le cas) majoritairement fréquenté par des vieux briscards dans mon genre. Des marins qui ont bourlingué sur beaucoup de navires, brassé quantité de matériels, du basique au plus sophistiqué, en passant par l'ésotérique. Autrement dit, des audiophiles suréquipés, blasés, revenus de tout. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur raconter, à ceux-là ? Est-ce que ça présente le moindre intérêt ?
C'est possible.
Pas évident, mais possible. A condition de planter le décor, s'attarder sur le contexte. Pour raconter une histoire sans raconter d'histoires. L'histoire d'un nain d'un mètre quatre-vingt trois qui, lui aussi, a roulé la bosse qu'il n'a pas. Accumulant les appareils, enceintes, câbles, bricolant des assemblages, à tubes ou à transistors. Expériences fructueuses ou décevantes dessinant un chemin à la fois sinueux et banal. Commun à beaucoup. Un parcours réductible à trois périodes.
Phase 1 : le temps de la découverte, frénétique et solitaire. Non, ce n'est pas sale. A l'époque, j'étais jeune et pas large d'épaules, je ne soupçonnais pas l'existence des forums de discussions, ne possédait ni ordinateur, ni connexion au web, par contre, je lisais la NRDS. Et tout le reste : Prestige Audio Vidéo, Diapason, Haute Duplicité, Le Haut-Parleur, Hifi Magazine. Tous les gratte-papiers officiant dans cette presse semblaient participer d'un complot (sans doute fomenté par la CIA, le MOSSAD et les Illuminati) visant à me ruiner. J'ai donc dépensé du fric, trop, dans l'achat de cônes (sans Marie-Jane inside), pointes, supports en sorbothane, barrettes filtrées, transfos d'isolation, câbles en tous genres, appareils recommandés quoique pas toujours recommandables. Et même des plaquettes Raide-Echo !
Une période de délire consumériste. Je n'étais qu'un novice crédule, qui ne savait pas vraiment ce qu'il cherchait, au juste, et fantasmait à la vue de tous ces appareils de prix prohibitif dont au sujet desquels je lisais des pages et des pages d'hystérie journalistique, de louanges inhumainement détaillée et ampoulée. Verbiage indigeste. Affirmations martelées chaque mois. Certitudes assénées avec aplomb par ces influenceurs que j'imagine (peut-être à tort) en partie sincères. Un discours bien rôdé que je finirai par construire peu à peu, au fil des années, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus grand chose, de ce flot de généralités. Ce qui nous conduit tout droit à la...
Phase 2 : le temps des rencontres. Qui m'a évité de vagabonder (décidément) sans destination précise. Sans points de repères, sans éléments de comparaison, j'aurai pu continuer à poursuivre cette chimère quantitative et technophile que la presse spécialisée tentait de me fourguer à longueur d'articles. Plus de transparence, de détails, de résolution, de micro-informations, comme si la course au « plus » était le but ultime. Le Graal à atteindre. Non, non et non. Ce n'est pas si simple, si binaire. Je ne l'ai pas toujours su. Il m'a fallu vivre certaines rencontres pour que l'église soit remise au milieu du village. Via ce forum, notamment. Bon, j'ai déjà évoqué plusieurs fois une visite chez le Crapaud Taré. Je ne développerai donc pas l'écoute de son système, qui aura été, en très résumé, déterminante. Un jalon parmi d'autres. Beaucoup plus improbables et tout aussi marquants.
En définitive, ce n'est pas en me rendant chez tel ou tel audiophile que j'ai délimité les contours de mon essentiel. Comme si, pour comprendre le phénomène « Hifi », il m'avait fallu en explorer la marge. Sortir de son cadre de fonctionnement. En écoutant toutes sortes de obsolètes et minimalistes, chez des mélomanes qui se contrefichaient de leur chaîne. Pour qui la Hifi n'est pas un vrai sujet, et encore moins un problème. Des femmes, toujours. Comme par hasard.
Je me souviens de l'une d'elles. Son visage, son odeur discrète de vanille. Son style chic et décontracté. Ses cheveux bouclés et sa passion immodérée pour Rachmaninov et Tom Waits. C'était il y a deux décennies. Pendant ma première vie.
A suivre.
FZ.
C'est reparti pour un tour : histoire de commencer une année 2026 qui démarre _ hélas !_ par une actualité encore plus anxiogène qu'à l'accoutumée. Ouverture d'une énième filière à tendance digressive. Vagabondage autorisé par la police (de caractère : oh mon Dieu qu'il est désopilant!), entre Hifi et anecdotes, technique et souvenirs, musique et humeurs. Dans ce flou bordélique qui ne s'imagine pas artistique, réside ma seule... ambition ? Le mot ne convient pas. Objectif ? Projet ? Non, c'est un non-projet dérisoire, au mieux. Futilité assumée. Vagabonder. D'une départementale, d'une région, d'un livre, d'une musique, d'une toile, d'un paysage, d'un visage, à un autre. Je ne sais rien faire d'autre. Peut-être que je ne sais rien être d'autre. Un vagabond. Comme la plupart des gens. Qu'est-ce qu’internet en général ? Que sont les réseaux sociaux en particulier ? Si ce n'est des non-lieux de vagabondage algorythmé ?
Scroller, ça s'appelle. D'une vidéo de chats à un groupe dédié aux contrepèteries. D'un message complotiste à un tutoriel de bricolage. Scroller pendant des heures. En oubliant aussitôt ce que l'on a survolé en quelques secondes. Scroller en marchant dans une rue, en prenant le train, en mangeant devant la TV qu'on ne regarde pas vraiment. Ou dans la salle d'attente d'un dentiste. Scroller pour combler tous ces moments d'inaction, d'ennui, ces creux, ces riens, considérés comme d'insupportables « temps morts ». Qu'il faudrait à tout prix remplir d'un vide cacophonique et bariolé, mais en 5G, HD, Dolby Atmos. Étrange compulsion. Comparable à la mienne. A un détail près : scroller ses propres états d'âme n'est pas instantané, et encore moins automatique. C'est un effort, un travail laborieux, d'une lenteur exaspérante. Aux résultats discutables. Aléatoires.
Voilà, voilà, que ça recommence, chanterait Rachid Taha. Je me disperse façon puzzle. Tournant encore et encore autour du pot, en cercles concentriques, sans entrer dans le vif de ce putain de sujet, à savoir le compte-rendu d'une écoute qui n'en finit pas de me captiver. Il faut dire que j'hésiterai presque à évoquer des enceintes neuves ET abordables, sur un forum orienté vintage (même si c'est de moins en moins le cas) majoritairement fréquenté par des vieux briscards dans mon genre. Des marins qui ont bourlingué sur beaucoup de navires, brassé quantité de matériels, du basique au plus sophistiqué, en passant par l'ésotérique. Autrement dit, des audiophiles suréquipés, blasés, revenus de tout. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir leur raconter, à ceux-là ? Est-ce que ça présente le moindre intérêt ?
C'est possible.
Pas évident, mais possible. A condition de planter le décor, s'attarder sur le contexte. Pour raconter une histoire sans raconter d'histoires. L'histoire d'un nain d'un mètre quatre-vingt trois qui, lui aussi, a roulé la bosse qu'il n'a pas. Accumulant les appareils, enceintes, câbles, bricolant des assemblages, à tubes ou à transistors. Expériences fructueuses ou décevantes dessinant un chemin à la fois sinueux et banal. Commun à beaucoup. Un parcours réductible à trois périodes.
Phase 1 : le temps de la découverte, frénétique et solitaire. Non, ce n'est pas sale. A l'époque, j'étais jeune et pas large d'épaules, je ne soupçonnais pas l'existence des forums de discussions, ne possédait ni ordinateur, ni connexion au web, par contre, je lisais la NRDS. Et tout le reste : Prestige Audio Vidéo, Diapason, Haute Duplicité, Le Haut-Parleur, Hifi Magazine. Tous les gratte-papiers officiant dans cette presse semblaient participer d'un complot (sans doute fomenté par la CIA, le MOSSAD et les Illuminati) visant à me ruiner. J'ai donc dépensé du fric, trop, dans l'achat de cônes (sans Marie-Jane inside), pointes, supports en sorbothane, barrettes filtrées, transfos d'isolation, câbles en tous genres, appareils recommandés quoique pas toujours recommandables. Et même des plaquettes Raide-Echo !
Une période de délire consumériste. Je n'étais qu'un novice crédule, qui ne savait pas vraiment ce qu'il cherchait, au juste, et fantasmait à la vue de tous ces appareils de prix prohibitif dont au sujet desquels je lisais des pages et des pages d'hystérie journalistique, de louanges inhumainement détaillée et ampoulée. Verbiage indigeste. Affirmations martelées chaque mois. Certitudes assénées avec aplomb par ces influenceurs que j'imagine (peut-être à tort) en partie sincères. Un discours bien rôdé que je finirai par construire peu à peu, au fil des années, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus grand chose, de ce flot de généralités. Ce qui nous conduit tout droit à la...
Phase 2 : le temps des rencontres. Qui m'a évité de vagabonder (décidément) sans destination précise. Sans points de repères, sans éléments de comparaison, j'aurai pu continuer à poursuivre cette chimère quantitative et technophile que la presse spécialisée tentait de me fourguer à longueur d'articles. Plus de transparence, de détails, de résolution, de micro-informations, comme si la course au « plus » était le but ultime. Le Graal à atteindre. Non, non et non. Ce n'est pas si simple, si binaire. Je ne l'ai pas toujours su. Il m'a fallu vivre certaines rencontres pour que l'église soit remise au milieu du village. Via ce forum, notamment. Bon, j'ai déjà évoqué plusieurs fois une visite chez le Crapaud Taré. Je ne développerai donc pas l'écoute de son système, qui aura été, en très résumé, déterminante. Un jalon parmi d'autres. Beaucoup plus improbables et tout aussi marquants.
En définitive, ce n'est pas en me rendant chez tel ou tel audiophile que j'ai délimité les contours de mon essentiel. Comme si, pour comprendre le phénomène « Hifi », il m'avait fallu en explorer la marge. Sortir de son cadre de fonctionnement. En écoutant toutes sortes de obsolètes et minimalistes, chez des mélomanes qui se contrefichaient de leur chaîne. Pour qui la Hifi n'est pas un vrai sujet, et encore moins un problème. Des femmes, toujours. Comme par hasard.
Je me souviens de l'une d'elles. Son visage, son odeur discrète de vanille. Son style chic et décontracté. Ses cheveux bouclés et sa passion immodérée pour Rachmaninov et Tom Waits. C'était il y a deux décennies. Pendant ma première vie.
A suivre.
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Re: Un voyage dans l'utah... 5!
#2 par JérômeB » 08 Jan 2026 à 19:14
On attend la suite ... 
JérômeB
Dis donc Moska, tu me renvoies Monique ?
Atelier d'initiation à la Photo
Mon siiiiite.
https://youtu.be/0gzBr9GwpYA
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Re: Un voyage dans l'utah... 5!
#5 par mapic » 08 Jan 2026 à 21:39
Je suis tres interessé cherchant des enceintes pour un Nap 250 chrome et Nac 42.5.
J ai deja des ls3 5a mais je les preferes sur mon ampli a tubes yaqin.
J ai deja des ls3 5a mais je les preferes sur mon ampli a tubes yaqin.
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Re: Un voyage dans l'utah... 5!
#6 par Frankzappera » 13 Jan 2026 à 11:39
Allez, la suite!
Se souvenir des belles choses. Se remémorer avec bienveillance le jeune adulte que j'ai été. Immature, hésitant entre insouciance et angoisse. Toutes deux excessives. Impression amusante que c'était il y a 100 ans. Je résidais dans un autre lieu, exerçais une autre activité, percevais le monde sous un autre angle: plus obtus. C'était une autre vie. J'étais un autre. Loin d'imaginer qu'un jour, il convoquerait ces moments passés, bataillerait des heures durant, armé d'un stylo Bic, pour traduire en mots simples un écheveau d'émotions contradictoires. Eviter les deux écueils habituels sur lesquels s'abîme trop souvent le récit d'une relation marquante. Nostalgie érodant ses aspérités. Ou bien regrets de ne pas avoir su la vivre pleinement. Navigation difficile? Non, pas tant que ça.
Et si je me jetais à l'eau? Après tout, c'est le seul moyen de savoir si j'ai appris à nager.
Imagine…
Une soirée aussi animée qu'insipide. Tu ne connais pas grand monde. Tu te demandes ce que tu fous là, seul au milieu de tous, à tourner en rond, avec pour unique compagnie tangible celle de ton gobelet de médiocre punch. Auquel tu t'accroches, comme un naufragé à sa bouée. Tu ne connais pas non plus cette magnifique jeune femme au sourire ravageur et aux jambes fascinantes. Pourtant, une impression de déjà vu. Tu n'as aucune culture cinématographique. A part les blockbusters que tout le monde va voir. Voilà, tu y es! Elle ressemble beaucoup à Marie-Elisabeth Mastrantonio, qui t'as ému, charmé, dans un film devenu culte: "Abyss", de James Cameron. C'est troublant. Irrésistible et un peu inquiétant. Tu estimes à 90% la probabilité d'être éconduit. Trop belle pour toi. Ou pas. Tu n'as rien de mieux à faire, et il n'y a personne de mieux sur cette terre. Alors, tu oses espérer. Croire que tes misérables 10% sont supérieurs à 0. Il le faut: c'est ta vie que tu es prêt à jouer. Tu le pressens, un tournant s'amorce.
Des regards sont échangés. Evaluateurs. Intéressés. Difficile à dire. Tu ne vis pas un coup de foudre ou un feu de paille. C'est différent. Deux planètes s'attirent mutuellement, selon une loi qui vaut bien celle d'Isaac Newton. Un homme aborde une femme. Des mots sont prononcés. Les premiers sont bredouillés. Paroles gauches, convenues, rien d'original ou surprenant. Ce qui n'a aucune espèce d'importance. Ce n'est qu'un écran de fumée qui ne parvient pas à dissimuler le désir commun qui s'est soudain imposé. Avec la violence d'un incendie de forêt. Une décision est prise. Tu ne sais pas vraiment quand, ni comment, ni par qui? A un moment donné, vous vous êtes tenus par la main, la demoiselle l'a serré, avec une force stupéfiante, puis t'a traîné dans le métropolitain jusqu'à son immense appartement parisien. Elle marche à toute vitesse, court presque. Tu suis le mouvement. C'est d'ailleurs ce que tu vas t'efforcer de faire pendant une bonne partie de la nuit: suivre le mouvement.
Le lendemain matin, enfin… disons vers 12 ou 13 heures, tu sirotes un café providentiel, en découvrant dans quel environnement vit la tornade à escarpins dont tu ne connais que le prénom composé. Un vaste séjour, quasi dépourvu de meubles. Quelques tableaux, de l'art moderne. Barbouillis aux couleurs vives, indéchiffrables. Un désordre aéré, dépouillé, organisé. Des monticules de choses posées à même le plancher en bois massif. Un tas de chaussures dans un coin, contre un mûr. Des piles de livres et de disques, ici ou là. Dominante classique, rock, dans une moindre mesure.
Et une chaîne Hifi, près de la belle cheminée en marbre. Des grandes enceintes 3 voies JVC, en fait de très médiocres HP, dont un petit large-bande faisant office de tweeter. Filtrage minimal. Tu as déjà croisé ce genre d'hérésies. Ici, elles sont posées sur des tabourets en bois. Un ampli Luxman d'entrée de gamme et un lecteur CD Kenwood, datant du néolithique, installés sur un minuscule meuble bas. En résumé, le cauchemar pour un audiophile? Non. Pas du tout.
Comment vous dire? La musique se déployait très agréablement, avec une facilité et une fluidité déconcertantes. Malgré, bien sûr, des limitations évidentes. Un grave monocorde, un aigu éteint, le tout manquant de naturel. On ne pouvait pas vraiment parler de "Haute Fidélité" tant ce système en était éloigné, sur tous les critères. Pourtant, ça ne changeait rien à l'affaire. Nous pouvions écouter de la musique pendant des heures, en faisant abstraction, en oubliant le système. C'est rarement le cas.
La suite et la fin de cette aventure étant sans rapport (si je puis dire) avec le sujet de ce fil, je ne m'y attarderai pas. Ses conséquences, en revanche, méritent d'être développées. J'avais commencé à comprendre l'absurdité paradoxale de la Haute Fidélité performative. Pointilleuse et rigide. Masculine, en somme.
A suivre.
FZ.
Se souvenir des belles choses. Se remémorer avec bienveillance le jeune adulte que j'ai été. Immature, hésitant entre insouciance et angoisse. Toutes deux excessives. Impression amusante que c'était il y a 100 ans. Je résidais dans un autre lieu, exerçais une autre activité, percevais le monde sous un autre angle: plus obtus. C'était une autre vie. J'étais un autre. Loin d'imaginer qu'un jour, il convoquerait ces moments passés, bataillerait des heures durant, armé d'un stylo Bic, pour traduire en mots simples un écheveau d'émotions contradictoires. Eviter les deux écueils habituels sur lesquels s'abîme trop souvent le récit d'une relation marquante. Nostalgie érodant ses aspérités. Ou bien regrets de ne pas avoir su la vivre pleinement. Navigation difficile? Non, pas tant que ça.
Et si je me jetais à l'eau? Après tout, c'est le seul moyen de savoir si j'ai appris à nager.
Imagine…
Une soirée aussi animée qu'insipide. Tu ne connais pas grand monde. Tu te demandes ce que tu fous là, seul au milieu de tous, à tourner en rond, avec pour unique compagnie tangible celle de ton gobelet de médiocre punch. Auquel tu t'accroches, comme un naufragé à sa bouée. Tu ne connais pas non plus cette magnifique jeune femme au sourire ravageur et aux jambes fascinantes. Pourtant, une impression de déjà vu. Tu n'as aucune culture cinématographique. A part les blockbusters que tout le monde va voir. Voilà, tu y es! Elle ressemble beaucoup à Marie-Elisabeth Mastrantonio, qui t'as ému, charmé, dans un film devenu culte: "Abyss", de James Cameron. C'est troublant. Irrésistible et un peu inquiétant. Tu estimes à 90% la probabilité d'être éconduit. Trop belle pour toi. Ou pas. Tu n'as rien de mieux à faire, et il n'y a personne de mieux sur cette terre. Alors, tu oses espérer. Croire que tes misérables 10% sont supérieurs à 0. Il le faut: c'est ta vie que tu es prêt à jouer. Tu le pressens, un tournant s'amorce.
Des regards sont échangés. Evaluateurs. Intéressés. Difficile à dire. Tu ne vis pas un coup de foudre ou un feu de paille. C'est différent. Deux planètes s'attirent mutuellement, selon une loi qui vaut bien celle d'Isaac Newton. Un homme aborde une femme. Des mots sont prononcés. Les premiers sont bredouillés. Paroles gauches, convenues, rien d'original ou surprenant. Ce qui n'a aucune espèce d'importance. Ce n'est qu'un écran de fumée qui ne parvient pas à dissimuler le désir commun qui s'est soudain imposé. Avec la violence d'un incendie de forêt. Une décision est prise. Tu ne sais pas vraiment quand, ni comment, ni par qui? A un moment donné, vous vous êtes tenus par la main, la demoiselle l'a serré, avec une force stupéfiante, puis t'a traîné dans le métropolitain jusqu'à son immense appartement parisien. Elle marche à toute vitesse, court presque. Tu suis le mouvement. C'est d'ailleurs ce que tu vas t'efforcer de faire pendant une bonne partie de la nuit: suivre le mouvement.
Le lendemain matin, enfin… disons vers 12 ou 13 heures, tu sirotes un café providentiel, en découvrant dans quel environnement vit la tornade à escarpins dont tu ne connais que le prénom composé. Un vaste séjour, quasi dépourvu de meubles. Quelques tableaux, de l'art moderne. Barbouillis aux couleurs vives, indéchiffrables. Un désordre aéré, dépouillé, organisé. Des monticules de choses posées à même le plancher en bois massif. Un tas de chaussures dans un coin, contre un mûr. Des piles de livres et de disques, ici ou là. Dominante classique, rock, dans une moindre mesure.
Et une chaîne Hifi, près de la belle cheminée en marbre. Des grandes enceintes 3 voies JVC, en fait de très médiocres HP, dont un petit large-bande faisant office de tweeter. Filtrage minimal. Tu as déjà croisé ce genre d'hérésies. Ici, elles sont posées sur des tabourets en bois. Un ampli Luxman d'entrée de gamme et un lecteur CD Kenwood, datant du néolithique, installés sur un minuscule meuble bas. En résumé, le cauchemar pour un audiophile? Non. Pas du tout.
Comment vous dire? La musique se déployait très agréablement, avec une facilité et une fluidité déconcertantes. Malgré, bien sûr, des limitations évidentes. Un grave monocorde, un aigu éteint, le tout manquant de naturel. On ne pouvait pas vraiment parler de "Haute Fidélité" tant ce système en était éloigné, sur tous les critères. Pourtant, ça ne changeait rien à l'affaire. Nous pouvions écouter de la musique pendant des heures, en faisant abstraction, en oubliant le système. C'est rarement le cas.
La suite et la fin de cette aventure étant sans rapport (si je puis dire) avec le sujet de ce fil, je ne m'y attarderai pas. Ses conséquences, en revanche, méritent d'être développées. J'avais commencé à comprendre l'absurdité paradoxale de la Haute Fidélité performative. Pointilleuse et rigide. Masculine, en somme.
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Re: Un voyage dans l'utah... 5!
#7 par francis13800 » 13 Jan 2026 à 12:45
Tu devrais écrire des bouquins ....succès assurés
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Re: Un voyage dans l'utah... 5!
#8 par Frankzappera » 13 Jan 2026 à 12:55
francis13800 a écrit:Tu devrais écrire des bouquins ....succès assurés
J'y travaille, mais comme il faut aussi que je bosse pour gagner de quoi vivre dans le vrai monde, ça n'avance pas. Vivement la retraite, tiens!
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