Et là, le 12 février 2010…
« Gentille petite soirée chez Drouant hier au soir, autour du panel habituel de financiers stressés, d'experts oenophiles et de wonderwomen en tailleur...
Il s'agissait de goûter aux produits des domaines vinicoles du Groupe Axa.
Pique assiette dans l'âme, je me suis encore fait inviter sous un prétexte fallacieux et j'ai pu ainsi goûter aux :
Château Pichon-Longueville 2003, 1996 et 1988
Château Suduiraut 2006, 1999 et 1975
Porto Quinta do Noval Colheita 1964
Pichon, je connaissais mais la surprise est venu du 88 qui n'est pas une grande année. Le vin mis en carafe cinq heures avant la dégustation a fini par s'ouvrir et quitter cet arôme caractéristique de vernis pour dégager des saveurs taniques fortes (cuir, tabac etc.)
Vraiment pas un vin de jeune fille.
Les créatures enjuppées de l'assistance ont toutefois pris leur revanche avec le Suduiraut ! J'ai appris incidemment que ce château est voisin d'Yquem...
Ah oui, j'ai oublié de vous dire : Suduiraut, c'est du Sauternes, ce vin de fou furieux produit à faible dose, uniquement lorsque la brume matinale issue d'un certain cours d'eau est suivie d'une journée ensoleillée d'automne ce qui permet le bon développement de ce fameux champignon qui produit la pourriture noble (Botrytis Cinerea), soit, en gros, tous les deux ou trois ans... Pas vraiment le pinard pour spéculateurs pressés.
Mais que c'est bon ! Le 75 avec sa couleur dorée tournée au vieil ambre et sa finale d'ananas et de caramel...
Et pour finir, le top, un vieux tawny, ces portos qui passent leur vie en barrique de chêne et, pour celui qui nous occupait, pas moins de 46 ans puisqu'il s'agissait d'une récolte 1964...
Je ne suis pas un spécialiste mais ce goût de noix, ou plutôt de crème de noix typique est à tomber par terre...
Bon, heureusement qu'il faisait un froid à ne pas mettre un flic dehors, j'aurais eu l'air fin moi avec un alcootest !!! »
Et ceci le 11 juin de la même année…« Il ne vous a pas échappé que mon difficile métier m'obligeait à d'épuisantes rencontres jusque tard dans la soirée ce qui, vous en conviendrez, ne sied guère à un homme de mon âge et de ma condition (physique).
N'écoutant que mon courage (ta gueule PéPé) je me suis retrouvé une fois de plus avec des compagnons d'infortune dans ce bouge mal famé de la Place Gaillon, juste en face du renommé restaurant du svelte Depardieu, toujours aussi flamboyant sur son gros scooter (triple renfort des suspensions) et qui paradait devant sa terrasse...
L'endroit est justement connu pour servir de refuge à l'Académie Goncourt, obscure officine destinée à distribuer des prix littéraires pour l'édification de masses qui ne savent plus lire mais passons...
J'ai nommé Drouant, bien sûr, mais vous connaissez déjà (sinon, voir plus haut).

D'habitude je ne commande qu'une légère collation accompagnée d'une eau minérale plate mais là, force me fut d'accepter d'emblée une coupe de Louis Roederer Brut Premier. Le problème dans ce genre de raout est de repérer la table où les convives seront le moins ch....possible et d'éviter à tous prix les financiers.
Coup de pot, je suis tombé sur une bande de néo zélandais venus faire un trekk pinardier et qui en connaissait un rayon sur l'oenologie. Ces gens des antipodes m'étonneront toujours.
Bon, mais qu'étais-je venu faire ?
Et bien d'abord rencontrer les hommes du domaine Prieuré Roch, une ch'tite affaire bourguignonne de création récente (1988 ) mais avec quelques antécédents puisque Henry-Frédéric Roch, le créateur, est aussi co-gérant du domaine de la Romanée-Conti...
Le domaine Prieuré Roch possède 11 hectares dans la Côte de Nuits, principalement dans l'appellation Nuits-Saint-Georges et notamment les 5,25 ha du climat Clos des Corvées (!) qu'il détient en monopole.
Et nous avons donc commencé avec une verticale (1999, 2003 et 2007) de Clos des Corvées.
Mais tout le monde attendait la suite et tout en s'accordant sur la qualité des vins, peu se sont extasiés. Nous avons toutefois remarqué l'aspect trouble du 1999 qui indiquait un refus de filtration...
La suite a pris la forme d'une tarte fine aux légumes printaniers soutenant quelques filets de barbet rôtis à point et servie accompagnée d'un Vosne-Romanée "les Suchots" un premier cru servi en magnum dans deux millésimes : 2006 et 1996 afin d'apprécier le travail...
Car nos amis du prieuré Roch sont du genre à prendre des risques : la culture est biologique, les rendements sont très bas, les raisins sains sont récoltés à maturité optimale avant d'être méticuleusement triés et fermentés en grappes entières, non éraflées et sans ajout de souffre
La parcelle des Suchots tape dans les 1,02 ha, ce n'est pas le Chili mais, Dieu me pardonne, quel Paradis... Nez de cerise et d'orange pour le 2006, extraordinaire nez d'oeillet et de... poudre de riz pour le 1996. En bouche, la finale de fruits rouges et de fleurs est particulèrement longue...
Je sens une certaine euphorie régner sur la table mais le grand moment est arrivé : le Prieuré Roch possède quelques parcelles classées Grand cru et notamment 0,68 ha du Clos de Vougeot et un ha de Chambertin Clos de Bèze (pas d'humour facile Zorgl, STP).
Servis avec un suprême de pigeon au chou vert et foie gras, nous percevons le paquetage réglementaire composé de deux verres de Clos de Bèze sur le même principe 1996 et 2006.
Immédiatement, on perçoit la trame acide et un nez de cuir, de réglisse voire de goudron, puis viennent des fragrances boisées cèdre, pin et cette odeur des crayons fraîchement taillés, c'est peu de dire que ces vins sont magnifiques... En bouche, s'ajoute des saveurs d'épices sur des finales particulièrement longues...
Difficile de conclure après un tel sommet, un petit premier cru de Sauternes (Château Rieussec 1998 ) quelques mignardises ( tartelette orange aux pignons de pins caramélisés, mousse et confit de pamplemousse aux amandes, crème brulée au citron et basilic) et, hop, au lit...
Oui-da, il faisait tellement lourd hier au soir que je n'ai pas fermé l'oeil, allant jusqu'à allumer un Hoyo sur les coups de trois heures... Mais quel calvaire que mon existence ! »